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Interview de Frédéric Poullain

Frédéric, vous êtes intervenu au début des années 2000, et ce pendant plus de 15 ans, pour le Stade de France. Décrivez-nous les missions qui vous ont été confiées ?

Côtoyer le Stade de France a orienté ma vie professionnelle vers la direction des opérations, car je me destinais plutôt à la création lumière. Mes activités au sein du Stade ont évolué et se sont transformées de la régie d’accueil et technique vers la direction technique et le chargé de sécurité. Au fur et à mesure, mes missions ont versé dans la partie sécurité sans jamais se détacher de la direction technique. D’ailleurs, quand j’ai fini le travail lié à la sécurité (dossier de sécurité, plan de prévention, sûreté, accessibilité handicapés), 70% de la direction technique est faite.


Démontage concert Rihanna et régie de site, Stade de France Juin 2016
De Beyoncé à AC/DC, florilège de ses interventions au Stade de France

J’ai pu ainsi acquérir un savoir-faire théorique par l’apprentissage et l’application des réglementations afférentes, mais aussi la mise en pratique de techniques telles que :

> le survol du Stade de France par un hélicoptère en présence du public,
> la descente en rappel par le RAID à partir de ce même hélicoptère,
> le travail sur les ballons captifs habités ou non,
> le base Jump (saut en parachute à partir d’un monument),
> les animations composées à partir de drones.

Tout cela crée une expérience variée qui va au-delà du concert ou du spectacle au sens traditionnel du terme.

C’est le moment de la question flash-back. Moments heureux ou de crise, revenez pour nous sur une expérience liée à la sécurité du spectacle que vous n’oublierez jamais.

Indubitablement pour moi, la production la plus marquante fut la dernière tournée de Mylène Farmer « Timeless 2013 » de par l’envergure technique en machinerie, lasers, robots détournés en danseurs,… Beaucoup de travail et surtout une très grande équipe (80 personnes en tournée plus les équipes locales) et une vraie connivence humaine avec l’équipe de production TS3 en tournée comme au bureau.

La partie Biélorussie/Russie fut également marquante (photo de droite). Une panière vidéo (élément portant de gros morceaux d’écrans géants) est tombée sur un technicien, lui occasionnant des contusions méritant un déplacement aux urgences. Les urgences à Minsk, ce n’est pas tout à fait la même chose que par chez nous, c’est un peu comme un décor de John Carpenter, « lugubre ». Avec la différence de langue (à savoir qu’une bonne partie des russophones comme des francophones ne sont pas des experts en langues étrangères), c’était vraiment un moment stress… Au final plus de peur que de mal ! J’ai pris conscience que la fonction sécurité ne pouvait se résumer à des animations « port des EPI* », mais qu’il s’agissait d’une gestion globale qui va des ressources humaines en passant par la sécurité incendie et le code du travail. Pour l’exemple cité, il faut donc être là dès la conception des supports de transport (panières vidéo). Ça ne peut pas se résumer à faire « l’œil de Moscou » sur un chantier…

*EPI : Équipement de Protection Individuelle.

Vous collaborez depuis 2011 auprès d’ARTEK pour les formations sécurité des spectacles, sécurité incendie, électricité, Chapiteaux, Tentes et Structures entre autres. Comment définiriez-vous cette collaboration?

C’est très constructif. J’ai eu une longue période, notamment après la tournée de Mylène Farmer, où je voulais absolument apprendre, perfectionner et enseigner des techniques supplémentaires, comme l’électricité, et aussi remettre à niveau d’autres compétences comme les artifices de divertissements. Au-delà de ça, je voulais enseigner et échanger sur tout ce spectre de connaissances. J’ai donc pu ajouter l’électricité  et actualiser sur les artifices de divertissement. Photo de Frédéric ci-contre intervenant pour ARTEK / formation préparatoire habilitation électrique BR pour l’Institut technologique européen des métiers de la musique, ITEMM du Mans.

Je construis mes cours comme cela, par apprentissage d’une matière supplémentaire, ou par le travail d’une matière ou d’un thème via mes nouvelles « facultés », en ce moment la 3D. Cela me permet d’apprendre et me contraint à le faire suffisamment bien pour le transmettre. Je fais partie des gens pour qui il est vital de toujours apprendre, j’arrive même à détester la vision d’une fin, tant la quantité de choses à faire suppose de ne pas mourir avant 4 ou 5 siècles (hahaha).

La coopération en elle-même avec ARTEK, pour ma part, va au-delà, du travail ; c’est plus une amitié dans un cadre d’entreprise. J’ai besoin de ça pour aller de l’avant.

Revenons sur la formation Sécurité des spectacles et prévention des risques pour la licence d’exploitant de lieu. Indépendamment de l’obtention de la licence 1ère catégorie, que recherchent les stagiaires dans cette formation ?

Les demandes sont aussi aléatoires que les profils. On va de ceux qui découvrent l’ensemble de la législation applicable, celle évoquée dans le programme, à ceux qui veulent un perfectionnement juridique sur les techniques employées tous les jours. Il y a beaucoup de stupeur et d’angoisse parfois qui naissent de la découverte des obligations afférentes à ce type d’activité. Néanmoins, cela ne change pas fondamentalement les choses, déjà parce que nul n’est censé ignorer la loi, de ce fait ils sont déjà responsables avant la formation et puis parce qu’un « éveil » à tout cela ne peut aller que vers le mieux, même si tout ne s’améliore pas dans l’instant.

Les exercices proposés au long de cette semaine de formation ainsi que le QCM final permettent aux stagiaires de voir leur progression et de les rendre autonomes dans leurs recherches. Ils sont alors en mesure de trouver seuls, assez rapidement, les solutions aux problématiques inhérentes à l’organisation d’un spectacle.

Vous intervenez, également, sur la formation réduite sécurité des spectacles pour les cafés, restaurants, hôtels de petite capacité qui proposent à leur clientèle des concerts ou spectacles. Quelles ont été les principales interrogations des premiers participants ?

Les mêmes que sur la licence 5 jours. Néanmoins le programme est plus léger et plus centré sur des évènements de petite envergure. Ils découvrent toujours avec stupeur les classements au feu, pourtant l’accident du Bar à Rouen l’année dernière (14 morts sur un incendie en sous-sol) nous rappelle l’importance des matériaux d’aménagements conformes au règlement de sécurité incendie.

Vous êtes depuis peu diplômé CT CERIC (cycle technique lutte contre la malveillance). Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le CT CERIC est une formation globale à la sûreté malveillance. Elle inclut tout le cadre législatif et aussi les techniques des portes blindées à la détection, du service d’ordre à la vidéosurveillance. C’est intense mais c’est ce qu’il faut notamment avec la menace terroriste. Il faudra à court terme que les gens prenant la responsabilité de tournées ou de sites conséquents (festivals) soient formés pour appréhender les réunions en préfecture et les demandes des services de police. Il existe d’autres formations mais celle-ci est complète, assurée par le CNPP, c’est à dire le monde des assureurs, de ceux qui paient en cas de sinistre. On étudie l’ensemble des solutions pour éviter le dommage ou en limiter l’importance, ce qui constitue un éventail assez large.

Quels sont vos prochains projets ? 

Actuellement, je gère la sécurité au travail sur les concerts outdoor de la fin de tournée des Insus au Stade de France. J’ai aussi rédigé le dossier de données et vérifications sur site nécessaires pour le passage de la commission de sécurité.

Je vais continuer les cours en mettant notamment à profit mes nouvelles aptitudes en dessin 3D pour expliquer rapidement aux stagiaires les bases de la sécurité. Dans cette même démarche profitable à tous, je souhaite élargir mes compétences en passant le cycle technique sécurité et santé au travail (CT INSSAT) en 2018.

Les pratiques dans notre secteur évoluent rapidement, les professionnels du spectacle doivent accéder à des endroits parfois difficiles pour contrôler des accroches en salle ou dans une enceinte.  Afin de répondre à ces nouvelles demandes, je projette l’achat d’un drone. Cet investissement s’accompagnera d’une formation de télé-pilote.

Bref, beaucoup d’implication personnelle et des projets motivants qui se concrétiseront par la création d’une entreprise probablement au second semestre 2018.

Merci Frédéric d’avoir répondu à nos questions.

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